Quand une communication pathologique résonne avec une histoire personnelle…
La croisée de certains chemins individuels avec une certaine forme de communication en entreprise peut aboutir aux situations tragiques que certaines sociétés ont connues ces derniers mois. Notre expérience d’intervenantes dans le domaine des risques psychosociaux, l’une en qualité de thérapeute, l’autre en qualité de coach professionnel, nous a aussi permis de repérer un nombre très significatif de salariés, managers ou collaborateurs victimes de burn-out.

Quelle analyse sommes-nous amenées à en faire ?
Selon nous, par exemple, le ferment d’une telle communication existe dès que les mots créent des illusions et sont battus en brèche par la réalité. Illusion du pouvoir réel de celui qui parle, illusion d’être acteur, d’être écouté, de participer aux décisions, illusion d’être autonome, d’être responsable, de pouvoir créer… et qui entraîne perte de crédibilité et de confiance dans la relation.
Que dire des mystifications réalisées par des messages du type « Ce que vous entendez, voyez est faux… moi, je vous dis exactement comment sont les choses ».

Qui croire ? Ce qu’on me dit ou ce que je vois ?

Cette confusion entretenue par des messages contradictoires est fortement anxiogène s’ils sont le fait de personnes faisant autorité.
Que dire encore des injonctions paradoxales comme « Soyez autonome ! » : si j’obéis, je ne suis pas autonome ; si je refuse, je n’obéis pas à ma hiérarchie. Si le contexte professionnel permettait de communiquer sur la relation (méta communiquer), le destinataire d’une telle injonction en sortirait indemne. Mais, comme la confrontation bienveillante et sans risque n’est pas toujours d’usage en entreprise, la situation peut devenir intenable.

Et quand le lien avec le travail est vital pour le salarié, c’est encore plus délicat.
Que penser enfin de la disqualification transactionnelle quand la réponse donnée n’a rien à voir avec la question posée et se transforme en un reproche ou en ce qui peut apparaître comme un règlement de comptes ?
Un traumatisme venu d’ailleurs
La répétition de ces communications discordantes peut toucher certains d’entre nous de plein fouet.
Nos métiers de l’accompagnement nous amènent à les rencontrer dans des champs de compétences complémentaires. Leur souffrance au travail révèle souvent en écho des faits passés, voire des faits répétés de génération en génération. Et très souvent, les plus meurtris sont les plus engagés au travail, confondant parfois travail et « mission ».

L’hypothèse que nous en faisons est que l’intime de soi, s’il s’est insuffisamment construit (abondance de messages du type « Tu n’es pas capable de », « Tu dois tout dire à tes parents »), nuit à la capacité de se protéger de l’intrusion et d’être agressif, au sens positif du terme, face à l’irrespect manifeste.

Notre pratique a nourri peu à peu notre conviction : l’entreprise aux contours actuels peut être un lieu où un événement dramatique devient parfois l’écho ou l’aboutissement d’un traumatisme venu …d’ailleurs ou d’une construction de soi qui n’a pu se réaliser sereinement aujourd’hui plus qu’autrefois.

L’une des issues est-elle de se préoccuper chacun de son développement personnel, pour se prémunir ou mieux résister à certaines épreuves psychologiques, tout en agissant pour que les organisations redonnent tout son sens au travail et toute sa place à l’humain?

La santé au travail, si elle relève de la responsabilité des employeurs, ne doit –elle pas aussi appartenir à la responsabilité de chacun ?
Violaine Godart est thérapeute familiale, médiatrice familiale et formatrice. Michèlle Schitter est coach professionnel. Après une forte expérience de management en entreprise, elles interviennent toutes les deux, notamment au sein du CECCOF, en prévention et réparation des risques psychosociaux.
Violaine Godart
mviogodart@orange.fr
Michèlle Schitter
michelle.schitter@michelle-schitter-coaching.com
www.michelle-schitter-coaching.com